Chambre d’hôtes - Marseille
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Marseille et Albert Cohen (1895-1981)


"Soudain je me rappelle notre arrivée à Marseille. J’avais cinq ans. En descendant du bateau, accroché à la jupe de Maman coiffée d’un canotier orné de cerises, je fus effrayé par les trams, ces voitures qui marchaient toutes seules. Je me rassurais en pensant qu’un cheval devait être caché dedans.

"Nous ne connaissions personne à Marseille où, de notre île grecque de Corfou, nous avions débarqué comme en rêve, mon père, ma mère et moi. Pourquoi Marseille...? Le chef de l’expédition lui même n’en savait rien. Il avait entendu dire que Marseille
était une grande ville. La première action d’éclat de mon pauvre père fut, quelques jours après notre arrivée, de se faire escroquer par un homme d’affaires tout blond et dont le nez n’était pas crochu. Je revois les parents qui pleuraient dans la chambre d’hôtel, assis sur le rebord du lit. Les larmes de Maman tombaient sur le canotier à cerises, posé sur ses genoux.
Je pleurais aussi, sans comprendre ce qui était arrivé. (...)

"J’avais quitté les petites rues et je flottais solitairement le long de la Canebière, me parlant à moi même, me donnant de courageux et sensés conseils, et me faisant des gestes de réconfort dans la large rue vivante en cet après midi ensoleillée, rue bruissante de grands cafés dont les terrasses absinthées fourmillaient de centaines qui gesticulaient avec bonheur et me considéraient malveillamment et échangeaient des sourires significatifs. Tous ils se retournaient et ils se signalaient les uns les autres que le Juif était là et gare, fermez vos portes à double tour ! Je reconnaissais tous ces gens, c’étaient ceux du camelot. Oh, qu’ils étaient heureux, ces méchants, oh, qu’ils étaient méchants, ces heureux ! ..."