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Marseille et Alphonse Daudet (1840-1897)

"Le 1er décembre 1861, à l’heure de midi, par un soleil d’hiver provençal, un temps clair, luisant, splendide, les Marseillais effarés virent déboucher sur la Canebière un Teur, oh mais, un Teur ! Jamais ils n’en avaient vu un comme celui là ; et pourtant, Dieu sait s’il en manque à Marseille, des Teurs !

"Le Teur en question - ai je besoin de vous le dire ? -, c’était Tartarin, le grand Tartarin de Tarascon, qui s’en allait le long des quais, suivi de ses caisses d’armes, de sa pharmacie, de ses conserves, rejoindre l’embarcadère de la compagnie Touache, et le paquebot Le Zouave qui devait l’emporter là-bas.
L’oreille encore pleine des applaudissements tarasconnais, grisé par la lumière du ciel, l’odeur de la mer, Tartarin, rayonnant, marchait, ses fusils sur l’épaule, la tête haute, regardant de tous ses yeux ce merveilleux port de Marseille qu’il voyait pour la première fois et qui l’éblouissait.... Le pauvre homme croyait rêver. Il lui semblait qu’il s’appelait Sinbad le Marin, et qu’il errait dans une de ces villes fantastiques comme il y en a dans les Mille et Une Nuits.
"C’était à perte de vue un fouillis de mâts, de vergues, se croisant dans tous les sens. Pavillons de tous les pays, russes, grecs, suédois, tunisiens, américains... Les navires au ras du quai, les beauprés arrivant sur la berge comme des rangées de baïonnettes. Au dessous les naïades, les déesses, les saintes vierges et autres sculptures de bois peint qui donnent le nom du vaisseau ; tout cela mangé par l’eau de mer, dévoré, ruisselant, moisi... De temps en temps, entre les navires, un morceau de mer, comme une grande moire tachée d’huile... Dans l’enchevêtrement des vergues, des nuées de mouettes faisant de jolies taches sur le ciel bleu, des mousses qui s’appelaient dans toutes les langues."